L'écume des jours - Cie Les Joues Rouges

“L’écume des jours” par la Cie Les Joues Rouges : fraîcheur et spontanéité (interview vidéo)

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Avant que le monde ne bascule lui-même dans le surréalisme avec cette crise de la Covid-19, j’ai eu le plaisir de découvrir, en mars dernier, une séduisante adaptation de l’un de mes livres cultes d’adolescente : L’écume des jours de Boris Vian – dont il ne me restait, 25 ans plus tard, guère de souvenirs.

C’est avec une grâce certaine que Claudie Russi-Pelosi, toute jeune metteuse en scène formée au Cours Florent, s’est emparée de cette folle histoire d’amour aux accents absurdes et merveilleux, pour en faire une pièce à la fois drôle et touchante qui résonne comme un hymne à la (fin de la) jeunesse.

Dans une mise en scène enlevée, elle relève avec habileté le défi d’adapter la poésie de Boris Vian, faite de néologismes, d’inversions, d’images décalées, de jeux de langage. Afin de conserver sa littéraire étrangeté, elle convoque Boris lui-même comme narrateur de l’histoire. Sans alourdir la pièce, ce dispositif offre une mise en abyme intéressante, permettant de basculer de l’appartement de l’écrivain à celui de Colin, le personnage principal, et de progresser de façon fluide dans un temps relativement court (1h15).

Les comédiens qui sont aussi musiciens, chanteurs, danseurs, ont à peu près le même âge que les personnages qu’ils incarnent, à savoir une vingtaine d’années. Leur charme juvénile illumine l’espace, soutenu par une lumière chaude et joyeuse, qui s’assombrira et se refroidira peu à peu, alors que la maladie gagne du terrain. Ce que l’on perd légèrement en poésie (encore que la projection vidéo est plutôt réussie), on le gagne en vitalité, en loufoquerie, en candeur. À moins d’être un vieux grincheux, difficile de ne pas être attendri.

Chloé (Lou Tilly) et Colin (Ethan Oliel) – Crédit : Philippe Denis

Une belle idée : avoir intégré des chansons de Boris Vian pour ponctuer une action, souligner un caractère… Le roman étant lui-même baigné de musique jazz, on retrouve, de façon différente, cette musicalité grâce à ce parti pris que j’ai trouvé pertinent.

Au final, pari joliment réussi pour une première adaptation pas si évidente. On attend avec curiosité les prochaines créations de cette jeune troupe dynamique, visiblement liée par une complicité qui se voit sur scène !


Rencontre avec la metteuse en scène Claudie Russo-Pelosi qui nous raconte la genèse de sa création, avec l’intervention de Loue Échalier, l’une des deux pianistes :

Prochaines dates :

  • Dimanche 11 Octobre 2020 à l’Espace Michel Berger à Plessis-Pâté : billetterie
  • Festival Boris Vian reporté du lundi 26 avril au dimanche 2 mai 2021 au Théâtre Lepic à Paris – a priori annulé à l’heure de publication de cet article :'(
  • Performance aux fenêtres de la Maison Rose de Montmartre reportée au printemps 2021

Pour en savoir plus :

Et vous, qu'en avez-vous pensé ?