J’ai vu “Elephant man” et mon cœur a chaviré

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Il y a plus de 40 ans, David Lynch s’est lancé dans une folle aventure de 3 longues années, le tournage d’Elephant Man, une adaptation des mémoires d’un médecin britannique, Frederick Treves, et de sa rencontre avec un homme différent des autres, Joseph Merrick. Le film vient d’être restauré et de ressortir en salle. Et ça tombe bien, on peut de nouveau aller au cinéma !

Honte à moi pour ne pas avoir vu plus tôt ce film. J’avais sans doute en tête une sorte d’effroi lié à une image que je m’étais construite toute seule dans ma tête, celle d’un homme-éléphant. Une image qui n’était liée à rien d’autre qu’à mon imaginaire et que je rattachais bêtement à tous les films dits d’horreur qu’on nous interdisait de voir quand on était plus jeunes. A ce titre, je n’ai d’ailleurs toujours pas vu Le silence des agneaux, depuis une interdiction de ma mère alors que je devais avoir à peu près 13 ans… Mais revenons à nos moutons… il fallait célébrer le retour au cinéma. Il fallait que le film soit à la hauteur. Il fallait que mes sens soient en émoi. Il fallait que je me rappelle comme c’était bien et comme ça m’avait manqué. Alors, j’ai vu Elephant Man. Et je ne m’en suis pas remise. Je ne m’en remettrai pas. Je le reverrai encore, et encore, et encore.

Elephant Man, ce n’est qu’un nom de cirque pour nommer John Merrick (Joseph de ce son vrai prénom, car il a bel et bien existé). Bête de foire exposée aux yeux de visiteurs avides de bizarreries en tout genre, il a un jour croisé la route d’un médecin, qui l’a petit à petit pris sous son aile. On pourrait être touché par ce bon samaritain joué par Anthony Hopkins, par ses efforts pour donner à John un semblant de confort et d’affection. On l’est d’ailleurs.

Mais c’est John Merrick (John Hurt sous le maquillage, les difformités, les boiteries) qui a fait chavirer mon cœur. J’ai pleuré à gros sanglots devant l’humanité et la beauté de cet homme à qui tout a été interdit du fait de son corps déformé. Alors qu’il fait l’apprentissage de l’amitié, de la douceur, des sourires qui lui sont adressés, il nous rappelle à quel point c’est au fond, tout au fond de nous, que se trouve notre vérité, notre authenticité, notre humanité profonde et puissante. Il nous rappelle aussi que la laideur n’est jamais loin, et qu’elle n’a pas rien à voir avec la taille du nez, la longueur du bras gauche ou le strabisme.

C’est David Lynch lui-même qui a supervisé cette restauration, pour signer jusqu’au bout cette œuvre cinématographique d’un noir et blanc bouleversant, qui a marqué le début de sa carrière, laissant rapidement penser qu’il y avait là comme un petit talent à garder sous surveillance…

Alors que la chaleur de l’été pointe son nez, filez donc au frais dans une salle de cinéma (ils vous remercieront). Installez-vous confortablement, gardez votre masque si vous le souhaitez, et laissez-vous emporter par ce chef d’œuvre. La beauté existe encore, aidons-là à résister…

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2 comments

  • Quel bon choix!
    Nous avons pour notre part totalement foiré notre retour au cinéma en allant voir le film « De Gaulle ».
    Le réalisateur s’est complètement perdu dans le côté mélodramatique de la fuite de la famille et du destin de la petite dernière…
    Bon, c’est pas comme si la programmation du moment dans notre petit cinéma de province nous avait permis d’alternative..
    J’emmènerai les enfants avec moi revoir ce film qui m’avait à l’époque aussi beaucoup marqué.
    Merci Marie!

  • Quel film. Moi aussi j’avais été bouleversée lorsque je l’ai vu, à l’adolescence. Les flots de larmes, la compassion infinie, le désir de tolérance absolue… De là, entre autres, je pense, mon attrait pour les “freaks”, les “créatures”, les personnes “différentes” (qui n’ont pas toujours demandé à l’être). John Hurt y est bouleversant.

Et vous, qu'en avez-vous pensé ?